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Pourquoi notre cerveau nous fait faire ce que nous faisons ?

Pourquoi notre cerveau nous fait faire ce que nous faisons ? Comment justifier nos comportement irrationnels, nos décisions instinctives et nos dilemmes moraux ? Le cerveau aurait-il ses raisons que la raison ignore ? 

48'30'' - Première diffusion le 12/04/2021

Interrogeons-nous sur le fonctionnement d’un organe essentiel, que nous avons tous en tête : notre cerveau, grand maître à bord de nos vies. Pourquoi nous fait-il faire ce que nous faisons ? Comment justifier nos comportements inappropriés ou déplacés, nos prises de décision parfois irrationnelles et nos jugements moraux ou immoraux ?  Notre cerveau aurait-il ses raisons que la raison ignore ? 

Avec Stéphane Debove, biologiste et docteur en Sciences cognitives, il tient la chaîne Youtube Homo Fabulus qui explore le comportement humain. Son livre Pourquoi notre cerveau a inventé le bien et le mal vient de paraître chez Humensciences. 

Et Mathias Pessiglionedirecteur de recherches Inserm, co-directeur de l’équipe « Motivation, Cerveau et Comportement » à l’ICM - Institut du cerveau et de la moëlle épinière, pour son ouvrage paru chez Odile Jacob Les Vacances de Momo Sapiens - Notre cerveau, entre raison et déraison.

Posté le 15-04-2021 | 12:04

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Quelle représentation pour les musulmans de France ?

Le ramadan débute le mardi 13 avril 2021 dans l’Hexagone et en Outre-mer. À cette occasion, on s’interroge sur l’islam de France. Une charte rédigée sous le contrôle de l’exécutif a été approuvée au début de l’année 2021, par le Conseil français du culte musulman. Mais, le texte divise et trois fédérations ont refusé de le signer.

19'30'' - Première diffusion le 12/04/2021

Quels sont ces désaccords ? Qui représentent les musulmans de France ? Que faut-il penser de l’engagement de l’exécutif ? Quels parallèles avec les autres religions ?

Avec notre invité, Didier Leschi, ancien responsable du Bureau central des cultes, aujourd’hui directeur de l’Office français de l’immigration et auteur de Misère de l’islam de France (édition du Cerf, 2017).

Posté le 15-04-2021 | 12:04

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Les massacres de Jaffa en 1799 : une violence coloniale oubliée

« Je n’ai jamais été libre qu’en Égypte. Aussi m’y suis-je permis des mesures pareilles », confiera Napoléon Ier à un proche. Cette liberté n’est pas seulement celle d’un général républicain qui, une fois débarqué en Afrique, se rêve en successeur d’Alexandre le Grand et de Gengis Khan. Elle se manifeste surtout par une cruauté impensable en Europe à l’égard des prisonniers de guerre comme à celui des blessés de sa propre armée.

Lorsqu’en mars 1798, le Directoire le charge de mener l’expédition d’Égypte qu’il réclame, Bonaparte a 28 ans et des états de service impressionnants. En 1793, il a suggéré le plan d’attaque qui a permis de chasser les Anglais de Toulon et est devenu général de brigade. En 1795, il a brisé net par la canonnade de l’église Saint-Roch une insurrection royaliste contre la Convention nationale et il est devenu général de division.

En 1796, il est le général en chef d’une armée de va-nu-pieds destinée à faire diversion en Italie quand le front principal reste le Rhin. Il réalise alors l’une des plus brillantes campagnes militaires de l’Histoire, battant coup sur coup cinq armées autrichiennes et contraignant les Habsbourg à signer la paix de Campo-Formio en décembre de l’année suivante.

Un nouvel Alexandre

À son retour en France, il fait peur. Son vœu de porter la guerre au loin pour couper la route des Indes aux Anglais fournit une occasion inespérée de se débarrasser de ce jeune militaire ambitieux. Bonaparte et son armée d’Orient quittent Toulon à la mi-mai. Ils atteignent Alexandrie un mois et demi plus tard. Le but de l’expédition n’a été annoncé aux troupes qu’après la prise de Malte.

« La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre », déclare alors Bonaparte. Avant de livrer sa première bataille, il ajoute : « Du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent ! » Très vite, les références républicaines, la nécessaire tolérance religieuse à laquelle il exhorte ses soldats sur le navire fait place aux rêves antiquisants et orientalisants.

L’un et l’autre alimenteront le décorum de l’Empire. Napoléon Ier ira sur les champs de bataille protégé de ses mamelouks et laissera dans Paris nombre de rappels de son « aventure égyptienne », du passage du Caire à la fontaine du Fellah rue de Sèvres.

La geste scientifique de Champollion et l’œuvre muséale de Vivant Denon au musée du Louvre achèveront de faire glisser la capitale de l’égyptomanie à l’égyptologie, faisant tout oublier des réalités d’une conquête et de son prolongement syrien.

Sans base arrière, Bonaparte rêve d’un Empire en Inde

L’armée de 25 000 hommes qui débarque en Égypte est presque aussitôt coupée de sa base arrière par la destruction de la flotte française dans la rade d’Aboukir. Sur terre, les victoires se multiplient, mais comme en Vendée, les soldats doivent faire face à des révoltes populaires et à la guérilla. Par ailleurs, l’Empire ottoman, menacé sur ses terres, prépare une riposte.

Bonaparte part alors avec une grosse moitié de ses hommes dans une offensive au but incertain. Il le confiera plus tard : il rêve d’une conquête de l’Empire ottoman et d’un retour en France par Constantinople. Mais il n’exclut pas de s’emparer des Indes pour y créer un Empire qui n’aurait plus aucun lien avec la France. Il se décrit aussi à ses troupes comme supérieur à Gengis Khan.

Dès le siège d’El-Arich, dans le Sinaï, en février 1799, les Français trahissent leurs accords avec les assiégés. Gaza et Ramallah sont pillées malgré l’absence de résistance. Jaffa est assiégée en mars. Le négociateur envoyé par les Français est décapité et sa tête brandie au-dessus des remparts. L’assaut est lancé. « Tout fut passé au fil de l’épée », résumera Bonaparte. Une bonne partie de la garnison parvient à trouver refuge dans de vastes bâtiments au cœur de la ville.

Les tractations reprennent et les aides de camp obtiennent une reddition contre la simple promesse de laisser les prisonniers en vie. « Que veulent-ils que j’en fasse ? », s’emporte alors Bonaparte. Les prisonniers sont exécutés en trois jours. Pour économiser les munitions, les derniers sont tués à la baïonnette. Selon une lettre écrite par le chef de l’atelier d’habillement de l’armée d’Orient, publiée seulement en 1979, un même sort aurait été réservé aux femmes ramenées au camp pour en faire le commerce.

« Le frein d’une civilisation gênante »

Le massacre de Jaffa nourrit évidemment la propagande britannique contre la France révolutionnaire. Pour autant, Bonaparte porte la conviction qu’il faut, pour se faire respecter en Palestine, « être terrible avec ses ennemis ». Le calcul est mauvais et le siège suivant, à Saint-Jean d’Acre, se solde par un échec. De retour à Jaffa, il fait empoisonner une trentaine de soldats malades de la peste. Certains survivront et raconteront leurs déboires à l’arrivée des Anglais.

C’est une tout autre image, évidemment, que donne le peintre Jean-Antoine Gros, des Pestiférés de Jaffa au salon de 1804, où l’on voit Bonaparte toucher l’un des malades. Chateaubriand ne manquera pas de souligner le paradoxe : « Buonaparte [sic !] empoisonne les pestiférés de Jaffa ; on fait un tableau qui le représente touchant, par excès de courage et d’humanité, ces mêmes pestiférés. Ce n’était pas ainsi que Saint-Louis guérissait les malades. »

Si la propagande contre-révolutionnaire a exagéré l’ampleur des massacres – parlant de cinq cents empoisonnés ! - leur réalité en France a été pratiquement ignorée. La campagne de Syrie se solde par un échec militaire – Bonaparte rentrant en catimini quelques mois plus tard pour préparer son coup d’État à Paris – mais elle annonce un changement de paradigmes dans la façon de mener la guerre.

Ces massacres se répéteront en Espagne où se formeront à leur tour une partie des officiers envoyés en Algérie en 1830. En 1804, l’empereur confie à Madame de Rémusat : « En Égypte, je me trouvais débarrassé du frein d’une civilisation gênante. Je rêvais toutes choses et je voyais les moyens d’exécuter tout ce que j’avais rêvé. »

► Pour aller plus loin :
- Juan Cole, La véritable histoire de l’expédition d’Égypte, La Découverte, 2017, 12€
- Henry Laurens, L’expédition d’Égypte (1798-1801), Le Seuil, 1997, 11,20€

Posté le 15-04-2021 | 10:04

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La Commune de Paris : un foisonnement intellectuel et littéraire

Entre le 18 mars et 28 mai 1871, le peuple parisien s’insurge suite à la défaite française dans la guerre franco-allemande et refuse de reconnaître le nouveau gouvernement élu au suffrage universel. 

29'00'' - Première partie le 05/04/2021

Commence alors une période insurrectionnelle qui va réveiller une population, jusqu’alors invisible. Cette période va également donner naissance à des chansons, poèmes, et romans.

Invitée : Alice de Charentenay, docteure en Littérature, co-auteure de la Commune des écrivains (Éditions Flammarion).

Pierre Rossignol, ancien président de l'association André Léo, co-directeur de la publication Les vies d'André Léo publié aux Presses universitaires de Rennes, répond aux questions de Cécile Lavolot.
Qui était André Léo ? Elle s’appelait Victoire Léodile Bera. Elle aussi a pris part aux évènements de la Commune. Écrivaine, journaliste, elle est aussi à l’origine d’écrits politiques tels que Un mariage scandaleux ou La femme et les mœurs qui a fait d’elle l’une des premières figures du féminisme. Pourtant, son nom a été complètement occulté jusqu’à la révolution féministe des années 70.

Et la chronique Ailleurs en Égypte avec David Ruffel, attaché pour le livre à l'Institut français d’Égypte, Le Caire. Il nous parlera du concours de nouvelles sur Flaubert, mais aussi de l'exposition Maalesh, une exposition de photographies inspirée par le livre éponyme de Jean Cocteau. 

Posté le 15-04-2021 | 09:04

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À la Une : trois mois pour une transition au Soudan

Abdel Fattah Al-Sissi avait réuni hier au Caire plusieurs chefs d'Etat africains, une première depuis le début des troubles au Soudan.

04'02'' - Première diffusion le 24/04/2019

Tous ont « reconnu la nécessité de donner plus de temps aux autorités soudanaises pour rétablir un régime constitutionnel » pointe le Sudan Tribune. Trois mois de plus donc pour le Conseil militaire de transition afin de tenter de ramener le pays sur le chemin de la paix et de la démocratie. « L’UA tente de remettre de l’ordre » résume ainsi Le Point Afrique, avec pour principale préoccupation « le maintien des institutions de l’Etat pour éviter que le pays ne plonge dans le chaos ». Abdel Fattah Al Sissi espérait un sommet « historique », le site Atlas Info résume ainsi la position du  president de l’Union Africaine : d’abord la communauté internationale se doit d’aider le pays à « faire face au fardeau économique », mais ensuite, au Soudan comme dans d’autres crises sur le continent, la réponse se doit d’être « africaine ».

Hier au Caire on a d'ailleurs discuté également de la situation en Libye

Une seconde réunion avait lieu en effet dans l’après-midi alors que les combats font rage aux portes de Tripoli entre les forces loyales au gouvernement d’Union nationale, et les troupes du général Haftar. L’homme fort de l’est libyen est d'ailleurs soutenu, par le président égyptien dans son offensive contre la capitale, rappelle notamment Jeune Afrique. Pourtant avec les chefs d'Etat d’Afrique du sud, du Rwanda et du Congo, Abdel Fattah Al Sissi a appelé hier à « un cessez le feu immédiat ».

Mais dans le fond, « que peut-on véritablement attendre de ces deux sommets de l’UA ? » demande Aujourd’hui au Faso. Et le journal de s’empresser de répondre : « pas grand-chose, si ce n’est rien ». Et ce tant au Soudan « où le Conseil national de Transition est pris entre le marteau de l’Association des professionnels du Soudan (APS), d’un côté, et l’enclume du système El Béchir, décidé à garder ses privilèges » de l’autre. Pas plus d’optimisme sur la Libye où le journal estime que « l’on voit mal comment l’UA peut réussir là où les intérêts des grandes puissances sont en jeu ».

Doit-on alors parler alors de réunions surtout symboliques ?

C’est en effet une lecture possible de « ces palabres à l’ombre des pyramides » comme le dit ce matin Le Pays. Mais le quotidien burkinabè nuance : « il faut saluer cet élan de solidarité à l’endroit de deux peuples qui peuvent quelque peu se sentir orphelins de la communauté internationale ». Avant de poursuivre : « L’initiative des deux sommets est d’autant plus salutaire que la situation en Libye comme au Soudan tend à l’enlisement avec des conséquences désastreuses pour les populations ». Alors si l'on résume : Tentative de « reprise en main » du dossier libyen sur lequel l'Union Africaine était « inaudible depuis le début »,  et « fermeté de l’organisation panafricaine sur le putsch militaire au Soudan », pour Le Pays, l’UA semble donc avoir retrouvé une forme de crédibilité sur ces deux dossiers brulants.

L’Égypte, comme médiateur, joue donc un rôle clé

L’Égypte peut certes représenter « un cordon sécuritaire pour ses deux voisins malades » nous dit encore Le pays. Mais le journal s'interroge tout de même sur la « légitimité d’Al Sissi à donner des leçons de démocratie à ses congénères militaires soudanais ». Référence certainement à  la victoire, attendue, mais non moins écrasante hier à plus de 88 % du président égyptien lors de son référendum. Une modification constitutionnelle qui pourra lui permettre de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2030.

Une note d'espoir concernant la lutte contre le paludisme

« Un vaccin est testé en ce moment même au Malawi » peut-on lire notamment dans Ivoire Soir. L'OMS a en effet lancé hier le premier vaccin antipaludique au monde dans le cadre d'un programme pilote historique. Dans les semaines qui viennent il sera également testé au Ghana et au Kenya. Un vaccin à l'efficacité encore limitée selon les scientifiques, mais la recherche avance. En Afrique 250 000 enfants meurent chaque année du paludisme.

Posté le 14-04-2021 | 12:04

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Soudan : avec les derniers rebelles du Darfour

Depuis presque 20 ans, l’Armée de libération du Soudan combat le pouvoir central soudanais. L’ALS contrôle une grande partie du Darfour, dans l’ouest du pays. La région a été ensanglantée par la guerre civile avec plus de 300 000 morts selon les experts. À la différence des autres mouvements armés, l’ALS a refusé de signer l’accord de paix d’octobre. Il n’a pas du tout l’intention de déposer les armes. Sébastien Németh a pu passer plusieurs jours dans la chaîne de montagnes du Jebel Marra, le fief de l’ALS.

En conflit armé avec le pouvoir soudanais, l’ALS ne se laisse pas approcher si facilement. Il a fallu plusieurs jours de négociation avec des intermédiaires, pour que des responsables locaux du groupe acceptent une rencontre dans la région d’El Fasher, la grande ville du Darfour-Nord. 

Pour plus de discrétion, l’entrevue est organisée dans un camp de déplacés réputé favorable au mouvement. Mais les rebelles veulent éviter d’être confrontés aux Istirbakhat, les services de renseignements soudanais. Leur pick-up coupe à travers le désert pour éviter les barrages.

Abdallah Mahamat, responsable du mouvement dans le Darfour-Nord, explique que des précautions sont indispensables. « Nous faisons des étapes planifiées, parce que si les autorités savent ce que nous faisons, nous pouvons avoir des problèmes. S’ils apprennent que nous sommes avec des journalistes, nous risquons d’être arrêtés », dit-il.

Certes, l’appareil sécuritaire mis en place sous l’ancien régime n’est plus aussi actif. Mais la méfiance reste de mise. « Depuis la révolution, le système de sécurité est un peu allégé mais nous devons toujours être sur nos gardes. Sur la route, des proches du groupe observent et nous préviennent en cas de besoin », indique Abdallah Mahamat.

Partage du gâteau

Dans l’un des camps de déplacés autour de la ville de Tawila, les habitants accueillent les rebelles avec bienveillance. Ces victimes de la guerre, déracinées par le conflit, voient souvent d’un bon œil la cause de l’ALS. Assis autour d’un thé, Abdallah Ousmane, membre du Bureau politique du mouvement, prend la parole. Il critique les désormais anciens rebelles qui ont déposé officiellement les armes en octobre. Pour lui, ces mouvements ont signé par simple appétit du pouvoir. « Nous voulons une paix concrète, pas un simple partage du gâteau. Cette paix ne doit pas servir une cause personnelle. L’accord de Juba ne règle pas la crise. Il ne s’intéresse pas aux racines du problème, comme le retour des déplacés sur leurs terres d’origine, les compensations individuelles, les milices qui ont attaqué, tué, brûlé et qui sont toujours là », explique Abdallah Ousmane.

La rencontre met les rebelles en confiance. Ils acceptent d’organiser un séjour au Jebel Marra, la zone qu’ils contrôlent. Cette chaîne de montagnes située dans l’ouest du Darfour est le fief de l’ALS.

Le départ est fixé dès 6h du matin. Au programme, plusieurs heures de route avec des barrages tenus par les forces de sécurité à traverser. Yunus, un membre du groupe rebelle, sera le guide.

En 2003, une attaque a tué 21 personnes dans son village, dont son frère. Sur la route, il pointe les villages désertés par leurs habitants et qui vivent désormais dans les camps de déplacés. « Si nous parvenons à franchir les contrôles, nous atteindrons la localité de Fina. Ce sera le début de la montagne. Ensuite il n’y aura plus de route, vous devrez marcher environ 5h jusqu’au quartier général de l’ALS. C’est un endroit très montagneux et accidenté », annonce Yunus.

Les forces de sécurité ne voient pas d’un bon œil les rencontres entre journalistes et rebelles. À Kidingir, la dernière ville avant l’entrée en zone rebelle, militaires, policiers et agents des renseignements sont visibles en grand nombre. Néanmoins, les barrages sont passés sans encombre.

Sable et poussière

L’entrée dans le Jebel Marra fait découvrir un paysage semi-aride. Les pistes se transforment en chemins de sable et de poussière cahoteux. Le premier combattant croisé en zone rebelle est un adolescent habillé en civil. « Il aide à sécuriser les citoyens qui traversent entre Fina, le premier village sous notre contrôle, et Kidingir, côté gouvernemental. La distance entre les deux est d’environ 200 m. Il n’y a pas d’affrontements en ce moment pour maintenir la sécurité des populations qui transitent. Depuis la chute de la dictature, il y a une certaine coordination entre les deux côtés », explique Yunus.

Après plusieurs kilomètres de secousse, voici Fina, la première localité rebelle. Le village se compose de quelques bâtiments cubiques en dur, d’un marché, d’une petite clinique ou encore d’une école. Avant de partir à l’assaut de la montagne pour rejoindre le quartier général, un grand homme mince demande un entretien. C’est Mustafa Ahmed, le conseiller sécurité de l’ALS. Installé sur une chaise, sous un arbre, il raconte la genèse du mouvement. Celui qu’on surnomme Roko présente l’Armée de Libération du Soudan comme un héritier des groupes de résistance des années 80. Suite notamment à des sécheresses, des tribus arabes sont arrivées au Darfour, entraînant des tensions avec les communautés locales notamment Four, l’ethnie la plus nombreuse, mais également les Zaghawa et les Massalit. Considérant les Arabes comme des envahisseurs, ces groupes ont commencé à former des milices d’auto-défense.

Marginalisation

La situation s’est aggravée après l’arrivée au pouvoir en 1989, d’Omar el-Béchir. Le président soudanais a décidé de lancer un mouvement d’arabisation du Darfour, accompagné d’une marginalisation de la région et de ses communautés. Le chef de l’État a alors armé des milices arabes, notamment les tristement célèbres Janjawid, littéralement « les cavaliers du diable ». « Ils ont semé la terreur dans la province. Les atrocités, viols, pillages, destructions, meurtres font qu’aujourd’hui Omar el-Béchir et plusieurs autres hauts responsables de l’ancien régime sont accusés notamment de crimes de guerre et génocide par la Cour Pénale Internationale », indique Mustafa Ahmed.

Mais les groupes d’auto-défense formés après l’arrivée des tribus arabes ont décidé de résister.

Ils ont notamment cherché à unifier et pérenniser leur résistance, avec la création, en 1998 de la Darfur Liberation Army.

D’ethnie Four, l’avocat Abdelwahid Al Nur, qui se trouve aujourd’hui en France, est choisi comme chef. Khamis Abakar, un Massalit, devient son adjoint. Abdallah Abakar, un Zaghawa passe lui commandant en chef.

Génocide

Suite notamment à une volonté de donner une stature nationale au mouvement, la DLA s’est transformée en Armée de Libération du Soudan en 2002.

« Nous avons pris les armes contre l’oppression ! s’exclame Mustafa Ahmed. Notre peuple a été la cible directe du régime qui a divisé les gens entre Arabes et non Arabes. Le gouvernement a levé contre nous des milices et nous a présentés comme des hérétiques. Ils ont attaqué des villages, brûlé des maisons, spolié les richesses. Ils ont commis des crimes de guerre, un génocide », dit-il.

En 2003, l’ALS a lancé des attaques contre les garnisons de Tur, puis Gulu, le 10 février 2003.

La guerre civile a alors éclaté. Elle fera plus de 300 000 morts.

Selon Mustafa Ahmed, « près d’une cinquantaine d’accords ont été signés jusqu’à aujourd’hui avec le gouvernement, suite à des rencontres à Ndjamena, Abéché, Abuja, Asmara et même Doha, sans pour autant mettre fin au conflit », dit-il.

Beaucoup pensaient que la chute de la dictature, l’arrivée d’un gouvernement de transition et la paix signée en octobre avec la plupart des groupes rebelles du Darfour allaient changer la donne. « Pas du tout ! » estime Mustafa Ahmed. « Nous espérions une véritable stabilité. Mais elle n’est pas venue. Les crimes continuent. Il n’y a pas de sécurité pour les citoyens du Darfour », indique le représentant rebelle.

Diaporama

Chameaux et ânes

Puis, vient l’heure de se remettre en route. Trois hommes équipés d’AK47 sont désignés pour nous escorter jusqu’au quartier général rebelle. Parmi eux, Ezzedine Mohammad, l’officier humanitaire de l’ALS. Grand, mince, cheveux courts et fine moustache, il explique que « les habitants du Jebel Marra vivent de l’agriculture, utilisent des ânes, des chameaux et des chevaux pour se déplacer. C’est très accidenté et impraticable pour les voitures. Donc pour nous, la montagne est comme une citadelle. C’est pour cela que l’armée ne peut pas contrôler la zone. Nous avons un avantage géographique », indique Ezzedine Mohammad.

Sur la route, la vue sur la chaîne de montagnes et ses couleurs jaune, orange et ocre est à couper le souffle. Les habitants vont et viennent, sur leurs ânes et leurs chameaux, chargés d’eau ou de nourriture. Des groupes de rebelles à pied, mitrailleuses et AK47 sur l’épaule, montent et descendent la montagne. Sur le chemin, on croise également des villages composés de maisons circulaires en pierre, avec des murs d’enceinte et des cultures sur lesquelles les Darfouris s’activent. Les terres fertiles du Jebel Marra permettent aux habitants d’y cultiver du blé, du sésame ou encore divers fruits. Les 5h de montée prévues se transforment en 8h d’une randonnée exigeante que les guides ont avalée en chaussures de ville sans aucun effort apparent.

Quartier général

Toran Tonga ressemble à un village comme les autres avec ses petites maisons rondes et leurs toits de chaume. Pourtant, c’est le quartier général de l’ALS. Même si les rebelles circulent librement dans la localité, le centre névralgique du mouvement se trouve en face, dans une forêt de pins plantée par l’Union européenne dans les années 60.

Un grand terrain vague entouré de baraquements est utilisé par l’ALS comme camp d’entraînement. Ce matin, des dizaines de recrues sont réunies pour des manœuvres. Un groupe porte l’uniforme des rebelles avec leur drapeau : quatre bandes horizontales vert bleu rouge noire, avec une étoile blanche au centre. Tous crient des slogans à la gloire de l’ALS et de son chef Abdelwahid Al Nur. Ezzedine Mohammad, responsable humanitaire, explique que « le centre d’entraînement sert à les préparer à se protéger eux-mêmes, la nation et leur peuple. Même quand les civils veulent nous rejoindre, ils doivent passer par cette étape. Pour apprendre la science militaire, le maniement des armes. Cela prend 6 à 9 mois pour les former. C’est un défi », indique Ezzedine Mohammad, lui-même ancien combattant.

L’emploi du temps des recrues est bien rempli. La journée commence dès 6h30. Les rebelles alternent exercice physique et manœuvres et cours magistraux.

Ils reçoivent aussi des cours sur la révolution, la sécurité ou encore le droit. Résultat : un certain formatage du discours se ressent. Même si chaque rebelle a aussi des raisons personnelles de s’engager. Abubacar Saleh Idriss, 25 ans, explique avoir « rallié le mouvement à cause de l’injustice et la tyrannie. La lutte armée était la dernière option. Mon père a été tué durant l’attaque du mon village. Ma famille a dû fuir. C’est l’État soudanais qui l’a assassiné. Alors je vais continuer la lutte jusqu’à obtenir la liberté du peuple. »

Carte des monts Nuba au Soudan.

Carte des monts Nuba au Soudan. | © Support graphique/FMM

Idéologie tribale

Chaque soldat interrogé semble avoir connu les mêmes expériences. Village attaqué par les milices arabes de l’ancien régime, maisons détruites, proches tués. Aujourd’hui, l’idéologie de l’ALS est donc résolument tribale. Même s’il dit défendre tous les marginalisés du Soudan, le mouvement défend avant tout les communautés considérées comme originelles et africaines du Darfour, notamment Four, Zaghawa et Massalit. Abdelhakim Abdulkhair, 37 ans, membre du groupe rebelle depuis 20 ans, déclare que « l’État soudanais ne voulait pas que les Noirs soient ici. Nous avons l’impression que l’ancien régime refusait leur existence. C’est pour cette raison que nous avons commencé la résistance. Si tu es Noir, l’État va te rejeter. Alors que le Soudan appartient à tous. Nous combattons pour récupérer nos droits. »

Les instructeurs eux sont, pour la plupart, d’anciens soldats de l’armée régulière. Le commandant Abubacar Armin tente de préparer les recrues à ce qui les attend. « Quand vous rejoignez l’ALS, vous ne pouvez plus aller en ville. Les renseignements peuvent vous arrêter. Vous devez rester ici, combattre ici, parfois nous manquons de nourriture ou de munitions. Le gouvernement lui est bien armé », dit-il.

La zone rebelle n’a aucun confort avec ses baraquements en bois dans les montagnes où les nuits sont mordues par le froid. Maintenir la motivation est un défi pour les membres du mouvement qui subissent isolement et conditions de vie spartiates dans les montagnes. Âgée de 45 ans et membre de l’ALS depuis 2008, Sadiha Mahamat est originaire du centre du Darfour. Comme les autres, elle estime que son combat vaut bien qu’on sacrifie son confort. Elle explique vivre « au quartier général. J’ai pu faire venir mon père aveugle ici. Mais je n’ai pas assez d’argent pour aller voir ma famille qui vit dans un camp de déplacés. Donc je leur parle au téléphone. C’est dur d’être loin des siens. Je souffre ici et eux aussi souffrent au camp. »

Pour autant, Sadiha Mahamat juge la cause de l’ALS « prioritaire. Pendant mon enfance, je me suis rendue compte que mon peuple souffrait et qu’il était sous la domination de milices qui volaient le bétail, tuaient les gens. Durant les guerres tribales à la fin des années 80, entre les Four et les Arabes, mon village a été attaqué. Un de mes oncles a été tué en sortant du marché. Il y a encore eu des attaques en 1989 et en 2003. À ce moment-là, ma famille a dû fuir. Quand la guerre civile a commencé, j’ai fait partie des milices de défense Four. Puis j’ai rejoint l’ALS dans le Jebel Marra », raconte-t-elle.

Réconfort

Plus tard dans la journée, femmes et hommes préparent le repas. Au menu, une bouillie de sorgho avec une sauce au poisson. La vaisselle est mise sur des branches d’arbres, la nourriture cuite dans de grandes marmites et mangée dehors. Un moment de réconfort loin de tout. Halima Suleymane, 26 ans explique que « son fils vit hors du camp. C’est compliqué d’aller le rejoindre. Mon mari sort travailler pour pouvoir le nourrir, mais moi je suis ici pour aider le mouvement. C’est très dur d’être séparés. Quand on sort de la zone libérée, on doit avoir l’air de civils normaux mais on a toujours peur d’être arrêtés ».

La journée se termine par des moments de chants et danse entre rebelles. Il est temps d’aller rencontrer Abdelkader Abdourahman Ibrahim, le chef militaire de l’ALS en personne. Chauve et à la forte carrure, il reçoit dans son bureau aux côtés de ses généraux. « On me surnomme Ouodey. Je suis le chef militaire de l’ALS, explique-t-il en langue Four. Notre groupe a déclaré un cessez-le-feu humanitaire en 2017. Donc nous n’attaquons pas. Mais le gouvernement nous agresse tout le temps. Il envoie ses milices pour nous forcer à signer la paix. Nous nous défendons », indique-t-il.

Ancien soldat de l’armée nationale âgé de 52 ans, Abdelkader Abdourahman Ibrahim semble plutôt réaliste sur la situation de l’ALS sur le terrain face à des forces gouvernementales mieux équipées que les rebelles. « Dans le passé, notre zone était plus grande. Mais nous avons perdu une douzaine de localités depuis 2016. Si on ne trouve pas de solution politique, on tentera d’en reprendre le contrôle. Le pouvoir a plus d’argent, plus d’armes et il est soutenu par des pays étrangers comme les Émirats, le Qatar, l’Arabie. Nous dépendons de nous-mêmes. On cultive la terre, nos combattants peuvent aussi aller travailler pour gagner leur vie », détaille-t-il.

Mine d'or

Il y a quelques années, de l’or a été découvert au Darfour. Au moins une mine se trouve en territoire rebelle. Pourtant, Ouodey assure que l’ALS « n’a pas de matériel pour exploiter le site. En plus, si les soldats s’enrichissent, ils pourraient être tentés de partir », dit-il.

L’officier assure que l’ALS compte 60 à 70 000 combattants. Un chiffre impossible à vérifier.

Concernant le manque de moyens, le chef militaire ne dit pas tout. Selon plusieurs sources internes, les rebelles exploitent bien, au moins indirectement la mine d’or. Les habitants ont le droit d’y creuser mais l’ALS prélève systématiquement 50% du minerai récupéré.

En tout cas aujourd’hui, l’Armée de Libération du Soudan se dit prête à continuer la lutte car ses revendications sont très loin d’être satisfaites. Abdelkader Abdourahman Ibrahim estime que les groupes marginalisés par l’ancien régime, Four, Zaghawa, Massalit et  autres,« ont des droits historiques sur cette terre. Le Darfour est notre berceau, depuis l’époque du sultanat. Mais, le régime a amené de nouvelles populations étrangères pour occuper ce territoire. Des Tchadiens, des Maliens, des Nigériens. Nous ne signerons pas la paix tant que les étrangers ne nous rendent pas le Darfour », annonce-t-il.

L’autre exigence de l’ALS, c’est le retrait des Forces de Soutien Rapide. Ce groupe paramilitaire serait composé de plusieurs dizaines de milliers de combattants bien armés et bien entraînés. Incorporées dans l’armée soudanaise en août 2013, les FSR sont probablement la force la plus puissante au Soudan, mais son image est des plus controversées. Parmi ses membres, on y trouve les anciens janjawids accusés de multiples exactions durant la guerre du Darfour. Les Forces de Soutien Rapide sont elles-mêmes soupçonnées de graves crimes sur les théâtres où elles ont été déployées. Elles seraient également à l’origine du massacre du 3 juin 2019, lors du démantèlement du sit-in, le cœur de la révolution à Khartoum, et qui a fait des dizaines de morts. « Beaucoup de leurs membres sont des étrangers, dit Abdelkader Abdourahman Ibrahim. Tout comme leur chef Hemetti, le numéro 2 du Conseil Souverain. Lui et ses complices doivent être jugés à la Cour Pénale Internationale. Rien n’est possible avec eux. Et malgré la fin de la dictature, ils ont toujours le grand projet d’arabiser le Darfour », estime le chef militaire de l’ALS.

L’ALS reconnaît avoir perdu du terrain, mais elle a aussi perdu des hommes. Plusieurs responsables ont fait défection pour former une branche appelée Al Fuka qui s’est rapprochée du gouvernement. Au moins deux hauts responsables opérant dans l’est et le nord du Jebel Marra ont également quitté le groupe pour rejoindre une autre faction, l’ALS-Transitional Council, qui négocie de son côté avec Khartoum.

Position stratégique

Le lendemain de l’entretien, un groupe de rebelles, composé d’une douzaine d’hommes et femmes, partent en patrouille jusqu’à une position stratégique de l’ALS, à quelques kilomètres du quartier général. Le colonel Mahamat Saleh Row dirige le groupe. L’homme au béret et à la mâchoire prognathe explique que le groupe se rend sur la colline de Diffa. « C’est une position défensive d’où on peut voir loin. On peut observer la route principale menant au centre du Jebel Marra. Mais elle a surtout pour but de protéger le quartier général qui est proche », explique l’officier.

En haut de la colline, Jackson Back recharge sa mitrailleuse Douchka. Il commande l’unité de 33 rebelles chargée de contrôler Diffa. « Nous avons une Doushka, des mitrailleuses BKM, des RPG et des AK47. Pour les munitions et les armes, on les prend surtout sur les troupes gouvernementales durant les combats. On vit dans des conditions difficiles, mais la population nous soutient en nous donnant de la nourriture. Nos soldats les aident aussi dans les fermes. De toutes façons quand votre peuple souffre, vous pouvez vous sacrifier et vivre sans confort », indique-t-il.

L’ALS n’a ni arme lourde, ni blindés, ni aviation. Les rebelles combattent donc en infériorité matérielle. En cas de besoin, ils se protègent dans les grottes comme celle située en contrebas de la position. Ezzedine Yusuf, chargé des Affaires humanitaires la décrit comme « une bonne cachette ».

« Quand les avions bombardent, vous pouvez vous abriter ici. Même les habitants viennent s’y réfugier avec leurs animaux. Le gouvernement a plus de moyens mais on se battra même avec des épées. Nous n’abandonnerons que lorsque les Darfouris seront traités à égalité. En attendant, il n’y aura pas de paix »,annonce Ezzedine Yusuf.

Et lorsqu’on interroge les rebelles en poste sur Diffa, les souvenirs des atrocités de la guerre reviennent sans cesse pour justifier leur combat et leur détermination face à un ennemi en théorie plus fort. Abdelatif Yousef tient sa kalachnikov sur ses cuisses. Son téléphone portable dans sa poche diffuse de la musique. L’homme est membre de l’ALS depuis 13 ans et il commande une douzaine d’hommes. Il raconte l’une des plus terribles attaques qu’il ait subie, en 2016. Cette année-là, l’ancien régime avait décidé de lancer une nouvelle série d’offensives sur le Jebel Marra. « Un Antonov est arrivé. Nous nous sommes mis en alerte puis l’avion a commencé à bombarder toute la zone. Nous avons perdu 7 hommes. Ils ont été enterrés dans le village en dessous. Comme le gouvernement ne peut pas venir en véhicule, il utilise l’aérien ».

Enfants tués

Pour lui, ce genre d’offensive du gouvernement est inutile face à des hommes qui trouvent leur détermination dans les tragédies personnelles qu’ils ont vécues durant la guerre. « Ces attaques me renforcent dans mon combat. La dictature a détruit mon village. Un bombardement a tué mes trois enfants. Je souffre encore aujourd’hui. Mais comme j’ai perdu ma famille, il ne me reste plus que la lutte. Je n’ai pas le choix », raconte Abdelatif Yousef.

Malgré son isolement, le Jebel Marra est loin d’être vide. 900 000 personnes y seraient installées, selon l’ALS. Une population qui vit en territoire rebelle et côtoie au quotidien des milliers d’hommes en armes. Abakar Juma est le chef de Toran Tonga, le village où l’ALS a son quartier général. Il parle d’une bonne entente entre les deux populations car selon lui, « le mouvement ne se mêle pas de nos affaires et on ne se mêle pas des siennes. Mais il existe des liens. Parce que leur objectif est de protéger la population d’ici et de nous faire regagner nos droits. Par exemple, si certains rebelles ont besoin d’un travail, comme ils vivent ici, on les aide à trouver une activité », détaille Abakar Juma.

Plus bas dans la vallée, dans le village de Kat, c’est le temps des récoltes. Une douzaine d’hommes battent le blé avec leurs fléaux pour séparer les grains des épis. Le propriétaire, Mohamed Khamis ne cache pas sa sympathie pour l’ALS, suite aux attaques du pouvoir. « L’armée a beaucoup bombardé. On se cachait sous des arbres ou dans des grottes. Alors aujourd’hui, j’aide l’ALS en donnant une partie des récoltes et de la farine. Le mouvement nous protège. Je n’ai pas besoin de porter une arme. Je travaille normalement. »

La plupart du temps membres d’ethnie non arabes, les habitants des montagnes ne cachent pas leur sympathie pour l’ALS. Au point que certains cherchent la protection des rebelles. Après l’attaque de son village en 2016, Abdallah Arbab est venu se placer sous leur protection. « Après notre arrivée, des gens nous ont donné des outils, de l’eau, de la nourriture. Je travaille dans les champs et on partage les récoltes avec les autres. L’ALS ne nous demande rien. Mais par bonne volonté, c’est moi qui donne spontanément aux rebelles. » Le soutien des habitants s’avère indispensable pour l’ALS qui a besoin de l’aide des Darfouris pour tenir face à la pression du pouvoir. D’autant que la guerre risque encore de durer, tant les obstacles avant la paix paraissent infranchissables.

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Posté le 14-04-2021 | 09:04

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Sur la route migratoire la plus meurtrière du monde

Le 10 mars 2021, l’Ocean Viking quittait le port de Marseille pour sa 11e mission. Ce bateau de l’ONG SOS Méditerranée porte secours aux embarcations en détresse alors qu’elles tentent une traversée clandestine de Libye vers l’Europe. En 2020, au moins 1 277 personnes, soit plus de trois par jour, sont mortes ou portées disparues en mer Méditerranée. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, c’est sur cette route, et spécifiquement en Méditerranée centrale, que le plus de migrants sont morts ou ont disparu en tentant d’atteindre un nouveau pays.

19'30'' - Première diffusion le 12/04/2021

« Une tragédie honteuse », selon la Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe qui en impute la responsabilité aux États européens qui ont retiré leurs bateaux de la zone et entravé, dit-elle, l’action des ONG de recherche et de secours. Actuellement, quatre organisations tentent de maintenir des opérations en Méditerranée centrale. RFI a pu accompagner SOS Méditerranée sur cette dernière mission.

Posté le 13-04-2021 | 10:04

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Paris : Notre-Dame, une blessure mondiale

Notre-Dame de Paris est blessée, mais Notre-Dame de Paris se relèvera. Depuis le lundi 15 avril 2019, le monde entier a les yeux braqués sur la plus illustre des cathédrales, gravement endommagée par un incendie qui a détruit une grande partie de sa toiture.

19'30'' - Première diffusion le 19/04/2019

Un traumatisme pour les catholiques, habitués ou non de cet édifice majestueux, mais pas seulement. Les images de Notre-Dame en feu, la chute de sa flèche, quelques minutes seulement après la messe du soir, ont provoqué la stupeur. La mobilisation est déjà lancée pour reconstruire ce monument rendu célèbre, notamment par l’œuvre de Victor Hugo. Toute la semaine, les journalistes de RFI ont rendu compte de cette immense émotion par-delà les frontières. Voici un condensé de leur travail, le film des évènements résumé en 19 minutes.

 

Posté le 13-04-2021 | 08:04

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CPI : Karim Khan, un charismatique avocat rompu aux dossiers internationaux

Le Britannique Karim Khan a été élu, vendredi 12 février, procureur de la Cour pénale internationale (CPI). Il prendra ses fonctions le 15 juin pour un mandat de neuf ans, et succédera à la magistrate gambienne, Fatou Bensouda. 

De notre correspondante à La Haye,

La fumée blanche est enfin sortie de l’Assemblée des 123 États parties à la Cour pénale internationale (CPI), réunie à New York ce 12 février. Le Britannique Karim Khan, actuel chef de l’enquête de l’ONU sur les crimes de Daech en Irak, a été élu par 72 voix au second tour de scrutin. Il succèdera à la magistrate gambienne Fatou Bensouda, qui quittera la Cour le 15 juin. 

Le premier procureur, l’Argentin Luis Moreno Ocampo, avait été élu en 2003 dans l’idée d’amadouer les Américains avec l’espoir illusoire qu’ils adhèrent un jour à cette Cour. Son adjointe, Fatou Bensouda, lui avait succédé dans l’objectif de réconcilier les Africains, fustigeant une juridiction devenue, selon eux, l’instrument de politiques de changements de régime. Le troisième procureur de la Cour, fondée par traité en 1998 et établie à La Haye quatre ans plus tard, devra être celui de « la réforme ».

Car le bilan de ses deux prédécesseurs frôle désormais, pour les États, et notamment ceux qui paient l’addition, l’inacceptable. Seules cinq condamnations ont été prononcées en dix-huit ans tandis que de nombreux dossiers se sont soldés par des non-lieux ou des acquittements. Au-delà des statistiques, un audit de 350 pages conclu en septembre dresse un bilan sévère de la Cour et de la politique pénale des deux premiers procureurs.

► À lire aussi : CPI: un rapport d'enquête accable la gestion de l'ex-procureur Moreno Ocampo

Karim Khan devra donc réformer, renouveler ses équipes, rebâtir des stratégies d’enquêtes et de poursuites et créer de nouveaux rapports de coopération avec les États. Il prendra la tête d’un bureau de plus de 300 enquêteurs, analystes, procureurs, doté d’un budget de quelques 50 millions d’euros. 

Des enquêtes dans plus d’une dizaine de pays

Lorsqu’il prendra ses fonctions, le nouveau procureur trouvera sur son bureau des dossiers d’enquêtes ouvertes dans plus d’une dizaine de pays, dont celles, les plus sensibles, sur l’Afghanistan et la Palestine pour lesquelles Fatou Bensouda fait l’objet de sanctions de l’administration Trump et que l’administration Biden n’a toujours pas levées. Au cours de la campagne, le Britannique a énoncé quelques lignes directrices de ses choix à venir. Karim Khan entend rapprocher la Cour des principaux intéressés, le plus souvent des survivants, favoriser des procès proches des sites de crimes et impliquer les ressortissants des pays sous enquête. 

À 50 ans, le très charismatique avocat compte 23 ans de carrière dans la justice internationale. D’abord conseiller juridique du procureur au sein des Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et le Rwanda, il a ensuite plaidé, pour la défense ou les victimes, sur les bancs des tribunaux pour la Sierra Leone, le Timor oriental, le Kosovo, le Cambodge, le Liban, etc. À la CPI, il a défendu avec succès le vice-président du Kenya William Ruto, le rebelle soudanais Idriss Abou Garda, et pour quelques mois, Saïf Al-Islam Kadhafi. Dans les salles d’audience, ses plaidoiries claquent, comme lorsqu’il plaidait le non-lieu en faveur de William Ruto. L’avocat parle vite, comme tous les passionnés, et emporte les succès. À l’aube des neuf années à venir, son élection à la tête du bureau du procureur aura été une véritable bataille. 

Une campagne de deux ans

Le processus électoral aura duré presque deux ans. Karim Khan l’a finalement emporté face à l’avocat irlandais Fergal Gaynor, l’Espagnol Carlos Castresana et le procureur de Palerme, Francesco Lo Voi. Le Britannique, de père pakistanais, aurait dû être désigné par acclamation le 8 février, mais à 15 minutes du gong final, l’Espagne a rompu le consensus et avancé son candidat, forçant ainsi les États parties à procéder au vote. Un choix qui alors interroge car Carlos Castresana n’est soutenu que par une dizaine de pays. « Un coup d’État ! », commentent donc tour à tour un juriste et un diplomate. Ce coup de théâtre est le énième d’une rude bataille, débutée en octobre 2019. Quatre-vingt neufs candidats prenaient la ligne de départ. 

► À lire aussi : Élection du procureur de la CPI: quatre candidats à la succession de Fatou Bensouda

Pour dépolitiser l’élection, les États avaient mis sur pied un Comité censé sélectionner les plus qualifiés. Mais sans craindre l’absurde, ils ont nommé des diplomates plutôt que faire appel à d’anciens procureurs internationaux, plus qualifiés pour évaluer les compétences des candidats. Dès le départ, des ONG, dont au premier chef Open Society Justice Initiative, entreprennent un intense lobbying, exigeant une procédure de contrôle serrée destinée à garantir la « haute moralité » des candidats. Les problèmes de gouvernance de la Cour émaillent son histoire. L’initiative est donc salutaire et partout saluée. 

Mais, au fil du processus, la mise en place d’une procédure de contrôle des candidats telle que prônée par Open Society Justice Initiative, va devenir le levier par lequel certains vont tenter d’accélérer ou freiner la procédure, en faveur, semble-t-il, du candidat Fergal Gaynor. Ainsi, lorsque, lors d’une réunion le 5 février, alors que Karim Khan passe en tête des choix annoncés des États et qu’un consensus pourrait se dégager, un certain nombre de petits pays, comme la Suisse, le Liechtenstein et même le Bangladesh, bataillent pour reporter la procédure, au motif qu’il faudrait de nouveau contrôler la « haute moralité » des candidats.  

 « Les organisations de la société civile jouent un rôle sans précédent dans ce processus électoral de la CPI » regrette, dans un courrier de septembre 2020, Gunnar Ekeløve-Slydal, du Comité Helsinki Norvège, qui les invite à « prendre du recul ». Depuis New York, un administrateur de la Cour estime que « les ONG ont joué un drôle de jeu dans cette histoire ». Elles sortiront indéniablement divisées de ces deux années électorales.

Le veau d’or

Cette campagne aura été émaillée de rumeurs et d’accusations anonymes. Dans la dernière ligne droite, les partisans de Fergal Gaynor ont mobilisé des moyens considérables, dénoncés par les soutiens de Karim Khan comme une véritable « campagne de dénigrement ». Car au lieu de vanter les qualités de l’Irlandais, ses partisans, comme l’ancien ambassadeur américain Stephen Rapp, membre du bureau de la Commission pour la justice et la responsabilité (CIJA), une ONG où a longtemps travaillé Fergal Gaynor, décident de salir Karim Khan. 

Cette campagne aura en grande partie délaissé les questions de fonds et d’avenir de la Cour pénale internationale, pour se concentrer sur les carrières des uns et des autres. Avec la création de la CPI, une multitude de fondations, de consultants ou d’entreprises privées, ont émergé et gravitent autour d’elle, multipliant les risques de conflits d’intérêt, et suscitant des guerres de tranchées d’autant plus agressives que l’industrie de la paix est un marché étroit. Il y a des risques à laisser la CPI « devenir le veau d’or autour duquel quelques individus dansent à la recherche d’un poste ou d’une promotion », écrivait d’ailleurs récemment le professeur norvégien Morten Bergsmo.

► À lire aussi : Le Britannique Karim Khan élu prochain procureur de la Cour pénale internationale

Posté le 12-04-2021 | 15:04

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CPI : l'affaire Gbagbo, nouveau révélateur des faiblesses du bureau du procureur

La chambre d’appel de la Cour pénale internationale a confirmé les acquittements prononcés en faveur de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en janvier 2019. Les deux hommes sont désormais libres. Mais l’affaire aura jeté une lumière crue sur les profonds dysfonctionnements du bureau du procureur et terni le bilan déjà fragile de la procureure Fatou Bensouda. Son successeur, Karim Khan, est attendu en juin pour réformer. 

De notre correspondante à La Haye, 

L’affaire avait tous les atouts pour donner à la Cour le crédit dont elle rêve. Un ancien chef d’État et son ex-ministre placés au banc des accusés, jugés pour des crimes perpétrés lors d’un conflit dont l’apogée n’aura duré que quatre mois, et jouissant d’une coopération assurée des autorités du pays.

L’affaire Gbagbo réunit tous les ingrédients des échecs de l’accusation. Un cocktail d’instrumentalisation politique, d’enquêtes menées sans expertise et sans vérifications, de méconnaissance du terrain et de lecture superficielle du conflit. Pour nombre d’observateurs de la Cour et de juristes, une justice qui acquitte n’est pas défaillante. Mais quand non-lieux et acquittements se succèdent, le problème devient systémique. L’affaire Gbagbo forme l’échec le plus cinglant de la procureure Fatou Bensouda. Un échec dont les origines sont à rechercher dans les fondations même du bureau du procureur, bâties par le premier élu de cette Cour établie en juillet 2002, Luis Moreno Ocampo, dont la gambienne fut l’adjointe.

Acquittements et non-lieux

Dès l’affaire intentée contre le Congolais Thomas Lubanga en 2006, l’accusation révélait ses défauts. Le chef de milice a été condamné pour avoir enrôlé des enfants dans ses troupes. Mais le premier témoin de l’histoire de la Cour avait dû avouer à la barre avoir menti aux enquêteurs, alors que dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) avait été organisé un lucratif commerce de témoins. Si Thomas Lubanga fut finalement condamné, la Cour enregistrait le premier acquittement dès le second procès. Mathieu Ngudjolo était acquitté, quand son co-accusé, Germain Katanga, était condamné sur une partie très partielle des charges initiales. S’ensuivent alors les premiers non-lieux d’affaires qui ne passent pas la mise en accusation, contre Idriss Abou Garda, le rebelle soudanais, ou le Rwandais Callixte Mbarushimana.

Sur le papier, l’affaire Kenya avait des allures de mini Nuremberg. L’affiche était impressionnante, alignant six accusés, ministres et chefs de la police. L’un d’entre eux, Uhuru Kenyatta, deviendra chef d’État en surfant sur un nationalisme outré face aux ingérences supposées de la CPI. Le président kényan s’en sortira par un non-lieu en décembre 2014, comme les cinq autres suspects. En juin 2018, l’acquittement de Jean-Pierre Bemba par la chambre d’appel provoque un séisme. La libération de l’ex-vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) commence enfin à faire ciller les 123 États parties à la Cour, ceux-là même qui la financent, et les ONG.

L’audit de la Cour

L’échec de la procureure dans l’affaire Gbagbo n’est donc pas un accident de parcours. Mais avec l’affaire Bemba, ce dernier épisode des mésaventures de l’accusation a alerté les 123 États parties à la Cour. Son Assemblée a donc décidé, en 2019, de conduire une forme d’audit, sous l’autorité du juge sud-africain Richard Goldstone, ancien procureur général des tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.

Le 9 novembre 2020, il remettait un rapport de 348 pages à l’Assemblée. Dans la partie réservée à l’accusation, le diagnostic est sévère, mais juste. Les auditeurs relèvent l’« absence de planification stratégique à long terme » dans les enquêtes. Estiment que sans plan et sans vision d’ensemble, « les équipes travaillent sans orientations précises et en sont réduites à un processus de prise de décision réactif. » Soulignent que les enquêteurs ne restent sur le terrain que deux à trois semaines, par roulement, et jugent la méthode « inefficace », ajoutant qu’elle « doit être complètement remanié », d’autant qu’elle conduit à une « méconnaissance des pays » où sont conduites les enquêtes.

Les experts s’appuient notamment sur l’affaire Gbagbo. Dans la décision d’acquitter, le président de la chambre de première instance, Cuno Tarfusser, écrivait que « des témoins de tous les milieux sociaux ont contribué à brosser devant la Chambre un tableau de la Côte d’Ivoire tout simplement incompatible avec celui dépeint par le procureur ».

La Cour n’a pas de force de police propre. Pour enquêter et arrêter les suspects, elle a besoin de la coopération des États. Dans leur rapport, les experts épinglent les États pour leur retard à répondre aux demandes d’assistance du bureau du procureur, leurs réponses hors sujet ou la transmission de documents inutilisables parce qu’expurgés de leur substance. Des techniques classiques d’obstruction lorsqu’un pays ne souhaite en réalité pas coopérer, une obligation, pourtant, qui s’imposent aux États membres de la Cour. Mais dans les faits, obtenir la coopération judiciaire passe souvent par un bras de fer, surtout si elles bousculent les intérêts diplomatiques des capitales sollicitées.

Le procureur de la réforme

Le procureur « doit faire preuve de détermination et d’esprit stratégique afin de s’assurer la coopération nécessaire », écrivent les rapporteurs. Or la coopération est un rouage essentiel de la justice internationale, mais une mécanique délicate. Il nécessite un subtil exercice d’équilibriste que, contrairement à d’autres procureurs des tribunaux ad hoc pour l’ex-Yougoslavie, le Rwanda ou la Sierra Léone, ni Luis Moreno Ocampo, ni Fatou Bensouda n’ont su mener. Tous deux ont nourri une vision plus clientéliste de leurs rapports avec les États, qui les ont élus et qui financent la Cour.

En son temps, l’Argentin avait créé une division spécifique dédiée à la coopération, toujours en place. Ses fonctionnaires se voient en diplomate, dénonce le rapport. Un défaut de naissance, hérité des années Ocampo. À l’époque, des fonctionnaires de la Cour dénonçaient avec ironie « le ministère des Affaires étrangères » de l’Argentin. Suite à son élection, en 2003, Luis Moreno Ocampo avait embauché dans son bureau tous les diplomates, britanniques, canadiens, argentins, qui l’avaient fait élire. Tout naturellement, ces derniers ont fait de la diplomatie, oubliant qu’un procureur est un serviteur de justice et altérant ainsi pour longtemps les fondations même du bureau du procureur.

L’audit de la Cour a été publié alors même que les États parties tentaient d’identifier celui qui serait le troisième procureur de la Cour. Élu en février, Karim Khan, aujourd’hui chef de l’enquête de l’ONU sur Daech à Bagdad, devra être le procureur de la réforme. Outre la réforme, le Britannique pourrait orienter sa politique pénale vers plus de « complémentarité », accentuer la pression sur les États pour qu’ils conduisent les procès devant leurs propres tribunaux et ainsi faire échec à l’impunité.

Posté le 12-04-2021 | 15:04

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